Au boulot, deux cas de figure peuvent se présenter entre un homme et une femme, l'équation la plus courante qu'on ait à résoudre d'un bureau à l'autre.
Le premier, la petite nouvelle qui débarque dans le service.
Sur son passage, on devine les poignards dans le dos que lui assènent ses futures collègues dans un faux sourire, alors que son léger parfum frais éveille la curiosité et la rivalité des quelques
poulets de la basse-cour.
Au bout de quelques jours, parfois moins, parfois plus, la rumeur fait place à l'amour au grand jour, enfin, elle et lui s'aiment en plein couloir. La plupart des filles implore tous les dieux de
l'amour pour que le couple se brise et les garçons reconnaissent leurs forfaits et félicitent le vainqueur, en profitant de la distraction de l'amoureux pouir lui piquer ses projets. Mais que tout
le monde se rassure, il en va de même dans le sens inverse, si c'est un beau gosse qui déboule, toutes les filles se collent à lui et les garçons l'observent d'un air goguenard, eux qui ne sont
jamais arrivés à passer ne serait-ce qu'une soirée avec l'assistante. Au final, les filles qui sont restées sur le carreau rongent leurs freins et les garçons admettent leurs défaites passées.
Le second, on bosse ensemble depuis des années, on se cotoie tous les jours à la photocopieuse ou la machine à café, on se prête les tickets-restaurant à la cantine sans jamais n'avoir la moindre
arrière-pensée. On se respecte car on bosse ensemble, chacun sa vie, on ne partage que l'espace de travail, pas les coeurs.
Quand soudain, un matin, sans qu'on s'y attende, peut-être le printemps qui se pointe, la femme de ménage qui a rechargé le diffuseur de parfum d'ambiance, la musique de l'ascenseur moins
nasillarde, ce petit papillon blanc qui vous a chatouillé le nez avant d'arriver, mais le regard est différent, la silhouette est captive, l'oeil attirant et la voix fascinante. Et on prend du
recul en se disant que tous ces instants partagés ne sont en fait qu'une longue complicité qui s'est métamorphosée en amour solide et mûri.
Les filles se disent qu'elles s'en doutaient, que c'était évident que ces deux-là se plaisaient, les plus viles allant jusqu'à inventer une relation secrète bien cachée aux collègues. Les garçons,
quant à eux, égaux à eux-mêmes, admettent qu'il les a bien surpris, petit cachottier, et en plus il a pas pris la plus moche.
Alors l'amour au boulot, c'est beau.
C'est pratique.
En rentrant le soir, on sait pourquoi l'autre est content et a envie de parler longuement de sa journée, en retraçant les points forts, de la même façon que le regard noir et la moue boudeuse
annonce un débrief salvateur que l'autre saura évidemment apaiser.
On se lève à la même heure, on se répartit les taches, on profite du trajet commun pour préparer la journée.
Au bureau, on s'entraide, on collabore comme avant, mais avec de temps en temps, un petit baiser.
Et puis avec le temps, comme dans tous les couples, la routine s'installe et commence son lent travail de sape.
On ne s'encombre plus des formules de politesse, on connaît tellement l'autre qu'on ne met plus les formes pour dénoncer l'erreur ou reprocher le retard pris sur le dossier urgent à remettre
hier.
On n'évite plus les disputes qu'on ne peut désormais plus faire passer aux collègues pour un brainstorming musclé.
Le clash est alors inévitable.
Sauf qu'en rentrant le soir, on ne peut plus laisser le stress du boulot à la porte de la maison.
Et voilà le couple qui est mis en péril.
C'est exactement ce que craint Marc lorsque Laeticia lui annonce qu'ils vont travailler ensemble sur une campagne.
Et peut-être alors Marc pense qu'Alice sera la collaboratrice idéale pour l'aider à éviter de briser son couple?
Et si....
Et si Marc et Alice ne s'aventuraient pas sur un terrain dangereux?


Mélina.